Souscription / Pré-vente du volume 1 de la série « Devenir Humain à l’Anthropocène »

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Préambule

Il est impossible, avant même d’entrer dans le sujet de cette série d’ouvrages, d’abandonner le lecteur à la perplexité devant laquelle le laisse le titre de ce premier tome. Pourquoi poser la question de « la vie sans mort » ?

 De mémoire d’homme, l’immortalité a toujours fonctionné comme un mythe, nourrissant légendes et croyances dont la fonction avait en commun de séparer le monde des hommes et le monde des dieux. Oscillant entre conjuration d’un « hubris » tout puissant par la finitude mortelle et déification promise par le transhumanisme technologie, la place de la mort dans les sociétés modernes est devenue incertaine, faisant l’objet de remises en cause insidieuses. Dernière limite résistante au « génie humain », la mort est sans doute aussi désirée que crainte selon les époques de la vie terrestre. En ce début de millénaire, parler de la mort est ainsi devenu indispensable pour espérer sauver la vie. Donner une place à la mort dans le débat de l’avenir de l’espèce humaine devient alors une question de droit moral. Exiger le droit d’évoquer la vie sans mort devient le signe distinctif de l’humain. Aucun automatisme technologique ne peut, ni ne doit nous affranchir de cette question que le transhumanisme, en effaçant la mort par le progrès de la science, balaye la question comme un simple problème à résoudre, effaçant du même coup la justification de la vie. Notre vigilance oblige à conserver actives ces questions vitales : dois-je nécessairement mourir et pourquoi en est-il ainsi ? Qui ou quoi de moi-même meurt ? Qui ou quoi de moi-même échappe à la mort ?

 

L’immortalité, la vie éternelle, comme but à réaliser «  de son vivant » n’ont que bien peu à voir avec la nécessité vitale d’engager une réflexion approfondie sur ces questions. Qui, au demeurant, pourrait vouloir prolonger un séjour sur une Terre qui ressemble davantage à un enfer qu’à un paradis pour le plus grand nombre ? Non, le but de la réflexion que nous voulons ouvrir ici n’est pas d’envisager l’éternité comme but à atteindre mais à comprendre la place de la mort comme pivot évolutif de l’espèce que nous appelons « humaine ». La mort est le passage, le seuil et le palier non d’une vie terrestre mais de l’espèce humaine toute entière. Lorsqu’elle est subie individuellement au niveau corporel,  « la » mort devient « ma » mort et c’est là une expérience que chaque être humain doit vivre. Mais cette vision, transcendante ou non, de la mort peut aussi devenir une voie d’entreprise pour le devenir évolutif de l’espèce toute entière et c’est là une nouveauté que nous devons explorer d’urgence. Et si tel n’était pas notre intention, le transhumanisme nous presse d’aborder le sujet car il prétend l’occulter de la plus effroyable des manières, condamnant le processus évolutif de notre propre espèce pour le réduire à celui d’une machine contrôlable. Il assure mieux encore que le réchauffement climatique l’extinction de l’humanité que l’on nous promet. S’emparer du sujet de la vie sans mort c’est s’intéresser au devenir humain, non comme futur mais comme avenir, non comme prolongation mais comme évolution. Cette réflexion est avant tout transformatrice de « tout ce que nous avons toujours pris pour réel » pour le regarder à nouveau, avec un œil neuf, une expérience inédite, en transformant l’impossible en possible depuis d’autres ressources, mariant l’esprit et la matière.

 

Dès lors, le terme de rupture est sans doute celui qui définit au plus juste l’intention de ce livre et le sursaut vital qu’il entend susciter. Ce début de millénaire commence en effet par l’agonie de celui qui le précède dont il est encore le pesant reflet. Rien ne se pense de radicalement nouveau, comme si un mystérieux mimétisme nous accablait désormais jusque dans notre capacité à inventer un avenir à la hauteur des enjeux, pourtant inédits, que nous, habitants de la Terre devons relever dans l’urgence. La science nous annonce que le temps nous est compté. Elle appelle à un réveil aussi brutal que massif pour stopper l’extinction de notre propre espèce. L’espace se restreint à la fragilité de notre minuscule planète perdue dans l’univers. Nous semblons paralysés par les enjeux, incapables d’imaginer notre avenir autrement qu’en termes de fin du monde ou de solutions alternatives disparates. Notre seule perspective se borne au prolongement de la vie de l’humanité à la manière dont nous entreprendrions le sauvetage d’une espèce de mammifère protégée en voie de disparition. Aborder ainsi le futur de l’homme dans son environnement naturel n’est-il pas révélateur de notre cantonnement mental à nous penser uniquement en termes d’espèce biologique animale ? Ne manifestons-nous pas, dans le fait de réduire à une simple perspective temporelle de durée la perspective de l’humanité, un aveu d’impuissance à penser le but de notre existence terrestre ?

Les pires scénarii pour l’avenir de notre espèce oscillent entre deux états, deux projections morbides et pathétiques. Dans l’une de ces projections nous sommes une espèce vouée à la disparition, engloutie par la nature, laissant à quelques survivalistes le soin de régénérer une nouvelle espèce de sous-vivants. Dans l’autre projection, nous sommes une espèce vouée au progrès infini, sauvée par une technologie élitiste dans laquelle les « meilleurs » sont riches et le statut de surhomme s’acquiert par la capacité à mépriser les autres formes de vie, y compris dans sa propre espèce, si sa survie le réclamait. Dans les deux cas, l’élitisme et la technologie sont les conditions de la survie sur une planète épuisée où nous serions définitivement trop nombreux sans jamais oser le dire. De ces questions, la politique, au sens premier du mot, est absente. Elle ne se préoccupe plus que des aspects sociaux et économiques à court terme dont elle peine à conserver les prérogatives d’orientation face à une pression financière et sécuritaire croissante.

 

Face au constat d’impuissance à modifier le cours des évènements annoncés et soucieuses de créer un ressaisissement depuis la société civile, des pensées alternatives surgissent, parmi lesquelles on peut citer, en France, les Convivialistes ou le Mouvement des Colibris. Elles apparaissent très fragiles, très minoritaires, malgré l’espoir que suscitent leurs propos. Elles sont surtout dépendantes de subsides extérieurs eux-aussi fragiles et incertains, autant que de l’arrachement de leurs membres aux atavismes historiques créé par le système en place. Elles laissent trop souvent percevoir des failles profondes dans leur réflexion et dans leur déploiement, tenues qu’elles sont comme nous tous, d’inventer un nouveau monde en restant sous le joug étouffant des atavismes de l’ancien. Ces failles maintiennent à distance ceux qui adhèrent aux idées comme aux pratiques mais qui perçoivent aussi le souffle insuffisant de ces nobles intentions pour espérer contrebalancer les promesses du transhumanisme et la séduction des schémas progressistes les plus radicaux. Ces initiatives butent sur la faible perméabilité aux idées nouvelles de populations repues, habituées à penser peu et à choisir la facilité.

 

Toute période de transition passe nécessairement par cet état de fragilité et d’inconfort dans lequel il est demandé au participant de lâcher ce qu’il connaît pour adopter ce qu’il ne connaît pas encore. Une main reste toujours en arrière, la plus solide et la plus forte, pour assurer la prise tandis que l’autre tâtonne, hésitante et incertaine, cherchant du bout des doigts l’appui depuis lequel il pourra faire le prochain pas dans le vide. Dans une posture aussi inconfortable, il faudra, un jour où l’autre, lâcher l’autre main, celle de la bonne prise, solide et rassurante. Ce jour est sans cesse différé et l’impression demeure, d’un peuple timoré, faible, enfermé dans le confort et dans l’inhabitude à réfléchir en profondeur.

 

L’entrée dans ce millénaire réclame autre chose, de plus profond et de beaucoup plus fondamental. Il ne s’agit pas seulement d’une transition écologique à petits pas pour éteindre le réchauffement climatique. Une transition comme celle-ci, dans laquelle chacun « ferait sa part », provoquant ainsi le changement en nous et dans le monde ne suffira pas à provoquer un changement en profondeur. Il ne s’agit pas davantage de commencer par concevoir un convivialisme éclairé, incarné par éclats au gré d’expériences individuelles exemplaires qui se réclameraient de sa pensée et constitueraient son mode opératoire. Bien sûr, ces initiatives vont dans le sens d’une humanité qui refuse la barbarie de l’impensé fataliste, financier et technologique. Mais ces mouvements portent en eux les limites qu’ils voudraient justement dépasser et cela les restreint à la fois dans leur forme et jusque dans leur intention.

 

L’heure n’est déjà plus à sauver notre planète de la destruction en montrant des initiatives qui permettraient de l’éviter, pas plus que de retrouver le fil rouge de la convivialité comme terreau non-violent de notre vivre ensemble planétaire. Ces initiatives sont à peine suffisantes pour générer un léger sursaut de conscience au passage de la déferlante d’auto destruction à laquelle nous assistons impuissants et désarmés. Du point de vue du « français » que je suis, j’observe la fin de cette démocratie républicaine à la française à laquelle nous sommes supposés vouer un indéfectible attachement au titre de notre passé glorieux, une démocratie que nous avons laissé s’éteindre (pour autant qu’elle ne fusse jamais si brillamment allumée que dans notre imaginaire collectif par les flambeaux des Lumières et des révolutions dont nous gardons si fortement la nostalgie). De la démocratie[1], nous avons perdu la puissance et nous sommes devenus une masse moutonnière quiétiste, plus soucieuse de conserver les acquis de l’Histoire que de nous hisser à la hauteur de notre avenir en l’imaginant prometteur.

Considérons par conséquent que ces initiatives, aussi louables soient elles (car elles existent dans l’ici et maintenant du quotidien), ne peuvent être que les préparatifs de défrichement d’une route à venir qui reste à tracer. Une route ouverte sous condition qu’Homo Sapiens ne renonce pas à se penser lui-même et, avec lui, l’évolution de l’espèce.

 

Nous sommes requis désormais pour interroger la véritable nature de l’homme, nous devons convoquer hors de sa seule description biologique issue de l’animal celui qui se fait appeler « humain ». Exiger de lui qu’il dise sa propre vision de son accomplissement, du sens et de sa place sur la durée de son incarnation sur la Terre et non dans un au-delà d’elle.

Devant l’impossibilité qui est la nôtre de « changer le monde », devant l’extrême difficulté à nous changer nous-mêmes, nous nous laissons gagner par un réalisme empreint de fatalisme et de passivité. Face à la démesure qui frappe les extrêmes, nous acceptons de devenir raisonnables en restant « moyen » et conservateur, nous nous résignons à faire une part que nous pensons inconsciemment petite et dont nous jugeons les effets infimes, comme une mise en retrait fataliste d’un monde contre les dérives duquel nous ne pouvons rien. Nous réduisons le problème, nous le découpons en portions digestibles, accessibles à nos capacités. En cela, nous pensons faire preuve de pragmatisme et nous cherchons à conserver le caractère concret et immédiat de notre action ou de notre engagement.

Mais en cela aussi nous nous trompons et nous nous mentons. Nous avons renoncé à voir le problème dans sa globalité et, surtout, à le voir dans sa réalité. Nous nous sommes limités à la portion du problème que nous pensons pouvoir affronter, nous nous sommes diminués à ce que nous pensons pouvoir être résolu par nous, « à notre échelle » comme nous aimons à le dire. Nous savons que nous n’en résoudrons ainsi qu’une petite partie, mais notre petite voix négative prend alors le relais pour nous rassurer, nous faire comprendre que « c’est déjà beaucoup dans un monde où plus personne ne fait rien ».

 

Mon intention n’est pas de jeter l’opprobre sur cette attitude : elle est celle de chacun d’entre nous face à l’engagement immédiat dans le quotidien de la vie et dans le temps qui lui reste après les servitudes de la contingence. Pourtant nous devons faire l’effort d’observer cette attitude, notre attitude, face à l’ampleur du problème. Cet effort procède avant tout de la volonté de voir la réalité telle qu’elle est et de nous poser une question : Comment avons-nous accepté de réduire le problème d’ensemble à des tranches « raisonnables et réalistes » auxquelles nous pourrions éventuellement et avec un peu de chance, apporter deux ou trois remèdes ? Le courage nous manque pour faire face à l’ampleur du problème véritable. Mais s’agit-il de courage ou de notre responsabilité à vivre en vérité ? Qui nous blâmerait de cela à part nous ? Les générations futures nous maudiront peut-être et, des limbes, nous leur répondrons que nous avons fait de notre mieux, dans le contexte qui était le nôtre, avec un léger haussement d’épaules désabusé.

Mais à quel contexte ferons-nous référence en parlant du passé ?

Celui qui nous entoure et dans lequel nous vivons est hostile aux pensées nouvelles. Il ne les aime pas, ou alors sans dents, ni griffes, inoffensives et marginales, alternatives. Il occupe une telle place, sature à ce point l’espace médiatique, qu’il décourage les plus intrépides de toute tentative pour penser l’humanité différemment, pour simplement penser l’humanité. Comme si tout cela était seulement affaire de courage. Il rejette tout nouveau questionnement périlleux comme un corps étranger, un virus contaminateur de son corpus de mots, de codes, d’expressions, d’automatismes et de mécanismes, de tendances. Le contexte s’est érigé si discrètement en système totalitaire qu’il passe presque inaperçu. Il fait partie intégrante de nos existences au point de d’occuper le lieu quotidien d’un décor que nous ne voyons plus. Il est devenu ainsi notre contexte, faisant ainsi de nous ses adeptes, ses complices, passifs et complaisants.

Sur les étendues hostiles de la planète Terre où les hordes de l’économie néolibérale financiarisée règnent sans partage, tout germe de pensée vivace est soigneusement éradiqué et privé de support pour déployer ses premières racines. Quel individu serait assez fou pour se lever et affronter à contre-courant, dans les difficultés les plus extrêmes, ce rejet systématique de la pensée lucide et libre ?

Le contexte occidental est ainsi devenu hostile à toute forme de pensée libre qui voudrait entraîner autre chose que de la pensée sans conséquence (inconséquente ?). Une pensée est un moteur utile dès lors qu’elle n’est pas privée de la courroie de transmission qui la relie à l’axe des roues de la mise en œuvre, mettant ainsi le véhicule collectif en mouvement. Nous sommes à une époque où les penseurs honnêtes et véritables contemplent les barreaux de la cage où leur temps les enferme. A quoi bon siffler si la porte reste close et les barreaux infranchissables ? Pensez hors de la cage et vous verrez se braquer sur vous les yeux des chasseurs en colère. Si la pensée vraie n’est pas reçue, si celui qui pense pour réveiller les consciences, au risque de ne parler que de choses déplaisantes, n’est plus entendu, si la perspective du déplaisir, de l’effort et de la culture le prive d’un auditoire parce que déplaisir, effort, pensée et culture sont parfois les pré-requis à l’expression d’une réalité que fuit le monde de la marchandise et de la facilité, alors il est à craindre que la pensée vraie et libre ne disparaisse et, avec elle, notre capacité à penser librement notre humanité. Contexte, pensée et expérience individuelle vont de pair. Lorsque le contexte ne permet plus d’exprimer la pensée issue de l’expérience alors celui qui pense se tait. Il s’agit là d’une usure de la démocratie dont la trame révèle la corde d’un totalitarisme qui ne dirait pas son nom.

 

C’est ce contexte qui est à rebâtir. Contexte de pensée, de culture et de langage d’abord, contexte de diffusion et d’occupation de l’agora ensuite, contexte de refus et de non-participation enfin. En attendant, il faut penser quand même, dire quand même, faire quand même, hors du contexte mais hors de la cage et des barreaux, siffler sous les balles du chasseur et frissonner hors des nichoirs quand le vent souffle fort et que le froid devient glacial, siffler à mourir enfin car c’est tout ce qu’il nous reste si l’on pense à nouveau hors de la cage. Siffler, c’est déjà beaucoup quand la pensée fait silence.

 

Nous n’avons plus le temps et notre espace est menacé. A peine vingt ans sans doute avant que ne s’effondre l’humanité telle que nous la connaissons. La comédie illusoire de la vie en société nous détourne de ce que signifie l’accomplissement de la vie humaine incarnée sur la Terre. Elle recouvre d’un voile d’illusion la réalité, travestissant la vérité que cette réalité révèle.

 

Le véritable enjeu auquel notre espèce doit faire face n’est-il pas de franchir le mur de la mort ? La seule question qui reste en suspens en réalité consiste à définir la manière dont il va s’y prendre. Par la magie technologique et le maintien de l’illusion au détriment du vivant ou en révélant à l’homme ses véritables ressources encore inemployées ?

 

Ce livre porte une vision de l’homme mais il porte aussi la mise en œuvre de cette vision, tant il me semble que c’est ce qui manque cruellement à l’humanité en ce début de millénaire. Ce livre est donc l’invention d’une espèce humaine comme je la vois, comme je la pense, comme je la peux et comme je la veux. C’est ce livre que je fais. Un livre pour la Paix, la Joie, pour la Beauté et l’émerveillement. Un pas de plus vers la Réalité de l’Humain accompli. Un livre qui porte l’intention d’un humble commencement : dévoiler le Devenir Humain.

 

 

[1] Démocratie : de kratos (puissance) et demos (peuple).

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Souscription "Devenir Humain à l'Anthropocène" - volume 1

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